La côte du Ceará

Après une rapide étape à Belo Horizonte, on s’envole pour le nord du pays. Le nordeste. Pour ce qui est de Belo Horizonte, c’est une grande métropole, sans beaucoup de charme. Surtout sous une pluie fine et un ciel atone qui n’est pas sans nous rappeler notre lointaine Belgique/Belgïe (le souci du bilinguisme).

Avec GOL pour Fortaleza, au-dessus de Minas Gerais, de Bahia, de Pernambuco, avant l’état du Ceará. Tous des lieux, où il faudra revenir. Il est 1h26 lorsque nous atterrissons. La nuit est encore longue. Sur des bancs inconfortables, on se force à quelques heures de sommeil. Vers 5h du mat’, on enfourche à nouveau nos sacs et on chope un taxi en direction du terminal de bus. 17 reais. Une fois sur place, on se concentre sur la recherche du bon bus. La compagnie qu’on devait prendre n’existe plus. Ce sera avec FiletCar. 18 reais jusque Paraipaba. Le bus ne démarre que dans 1 heure. Juste le temps de petit déjeuner. Un misto (croque-monsieur) et quelques pão de queijo. As usual.

2 heures de bus plus loin. On est à Paraipaba. Quelques rues. Du sable. Des badauds en short et en claquettes. On est bien dans le nord du Brésil. Le soleil est de plus en plus haut dans le ciel. C’est au coin de cette rue qu’on est censés alpaguer un taxi. C’est la pratique, pour rejoindre Lagoinha, notre destination finale. On négocie. C’est 12 reais. Vamos…

En une journée, passer de Belo Horizonte à Fortaleza, Paraipaba et Lagoinha, c’est quitter progressivement la civilisation pour le « paradis de la tong ». Lagoinha est un petit village. Quelques hôtels, quelques rues, les mêmes badauds qu’à Paraipaba, mais encore plus bronzés. On teste deux hôtels miteux, avant de rejoindre la plage. Bredouilles. C’est là qu’on va loger. A la Pousada Kite Point. Un repère pour adeptes de voile et autres sports du nautiques. 60 reais la nuit, pour une petite chambre sombre, sommaire, mais confortable, c’est plus que correct.

La plage. Les plages du coin sont plates et immenses. Des bancs de sable à perte de vue. De belles vagues. Peu de plagistes. Autant de pêcheurs. Après à peine quelques minutes de marche, on se retrouve seuls, au milieu de la nature. Sauvage. Enivrante!

En revenant à Lagoinha, on retrouve les quelques paillotes qui bordent la mer. C’est dans l’une d’entre elles que Dudê, un pêcheur très bavard, nous emmène. On n’a pas vraiment résisté à son incroyable plateau de poisson et de fruits de mer. Sa surpresa do mar. Des langoustines géantes, des crevettes, des frites, de la farofa, du riz et deux caïpirinhas chacun. On est HS. Prêts à dormir. Il est 17h30.

A Lagoinha, y a pas grand chose à faire. Y a pas grand monde non plus. C’est le pied. Allongés sur le sable, on se remémore (déjà) quelques souvenirs du voyage. Principalement nos « souffrances », en Chine ou en Inde, devenues des moments inoubliables. Des instants qu’on voudraient revivre pour en profiter encore plus. Râler encore moins. La mer vient frôler nos pieds. Nous rappeler qu’il fait chaud, qu’il fait calme, qu’on n’est pas loin de ce que, dans notre quotidien européen, nous qualifions de paradis. La chaleur aplatit encore plus le paysage. On se met à l’ombre. Une caïpi, une surpresa do mar, un rhum, un pudim (pudding) de leite. Le temps s’est arrêté.

Parce qu’on est fous, au troisième jours, on quitte le paradis. Le voyageur, du corps et de l’âme, a toujours ces fourmis dans le ventre qui le poussent à aller voir plus loin. On est trop bien ici. Donc, là-bas, ce sera surement mieux. Ici, il y a Dudê, sa jambe plus courte que l’autre, son sourire naïf et sa surpresa do mar. Là-bas, les yeux rieurs d’un enfant, une succulente moqueca ou la chaleur d’une famille nous attendent certainement. Une autre plage. Puis, si on reste, comment commencer à se souvenir?

Trêve de philosophie de comptoir à caïpi, un quad et c’est parti. 1h accrochés au cousin du frère du gérant de la pousada. Il fonce le bougre. Pas étonnant, l’autoroute de la plage est déserte…

Le paysage évolue peu, mais comment s’en plaindre: la mer, le sable, des cocotiers à perte de vue. Pas d’âme qui vive. Si. Il y a ces deux gamins dont le business est de faire traverser un petit bras de mer. Un radeau de fortune en bois, quelques reais et ils tirent vigoureusement l’embarcation jusqu’à l’autre rive. 20 mètres à tout casser, mais leur aide est indispensable pour aller au-delà.

Nous arrivons à bon port. Le minuscule village de Guajiru. La même sensation de bout du monde, la même sérénité, le calme, quelques maisons en dur, des huttes, la plage, une rue couverte de pavés ensablés, une mini-église et un mur. Un mur de dunes qui « condamne » le village à l’isolement. Une seule petite route cahoteuse s’hasarde jusqu’ici. Le cousin du frère de l’autre nous débarque à la Pousada Bons Amigos. De bons amis à lui. On ne discute pas, pourquoi le ferait-on? C’est probablement la seule pousada à plusieurs kilomètres à la ronde, puis on n’a pas d’autres plan. On n’a pas de plan du tout. On prend la vie comme elle se présente, avec ce qu’elle veut nous offrir. Merci la vie.

La Pousada Bons Amigos, c’est tout une histoire. Antonio, un vieux pêcheur aux mains calleuses et aux rides marquées, Maria, son épouse en cuisine, leur fille Janilly et le petit dernier. Un petit bout que Janilly a eu avec un gars, parti vivre en ville, sans laisser d’adresse. On sent parfois la mélancolie dans ses attitudes, mais le plus souvent, c’est la nonchalance et l’insouciance qui caractérise la jeune femme. Le contraire de son père. Des années à dompter l’océan et à construire le havre de paix, sommaire mais mignon, qui nous accueille. Un lieu chaleureux où le rythme cardiaque des habitants est proche de zéro. Autant dire qu’on prend aisément nos marques dans cette atmosphère paisible.

Si bien qu’on s’accroche 5 nuits à Guajiru. Des journées compliquées… Faites de grasses-mat’ dans notre chambre à 70 reais (au lieu de 95), de siestes dans le hamac sur notre terrasse, de détours par la plage déserte, de promenades dans les dunes. Le premier soir, on goute aussi la spécialité d’Antonio: la galinha caipira (un poulet caipira, le nom donnée aux habitants des zones rurales de l’intérieur) avec du pirão. Violemment bon! Pour clore nos difficiles journées, quelques bolinhas, des croquettes de fromage ou de crevettes.

Parce qu’il faut parfois bosser, on met à jour le blog. Puis, on se promène dur. On tire même jusque Fleixeiras par la plage. Un village toujours plus vers le nord, avec la même harmonie. Pour se récompenser, on s’offre d’autres bons gueuletons: peixe grelhado (du poisson grillé), des bolinhas, des jus de maracuja (fruit de la passion), peixada au pirão (une lointaine sorte de bouillabaisse), de la goiabada (gelée de goyave). On teste même un dessert local à base de rapadura (sucre de canne complet). Entre quatre repas, on découvre un hôtel de luxe blottit dans les dunes et tenu par un polonais. Autant dire qu’il a trouvé la planque parfaite, même si au niveau touristes, c’est loin d’être la ruée. A peine quelques brésiliens venus de Fortaleza et des étrangers égarés comme nous.

Au troisième jour, les choses se bousculent. Arrive un deuxième client à l’hôtel, un américain de passage. Autre évènement important, un groupe de fourmis, soutenu par quelques grenouilles, décide de prendre possession de notre chambre. Nous décidons de battre en retraite face à cette sournoise attaque nocturne. Confrontés à l’inefficacité et à l’invisibilité de sa fille (notamment à réparer la connexion Internet), Antonio engage un jeune homme venu tout droit de Fleixeiras. Le gamin est fougueux et se lance, dès le lendemain, dans une démonstration de ses compétences, rappelant Tom Cruise dans Cocktail, avec nous pour uniques spectateurs. Le résultat est bon: une caïpi à base de Ypioca, la cachaça originaire de Fortaleza. Mais elle beaucoup trop chargée. On se laisse assommer, recroquevillés dans nos hamacs.

La fin de l’aventure à Guajiru est tout aussi plaisante. On se résout à se rendre dans la « grande » ville du coin: Trairi. Grande? On s’comprend. Un bus à l’aller, un retrait de cash à la banque et un taxi privé pour rentrer. La chaleur était insupportable en ville, qui plus est à l’intérieur des terres. Pour se reposer, et on en a besoin, on longe une énième fois la barraca do Jailson, un loueur de quad polyvalent, pour atteindre la plage. Elle est si belle! Avec ses lagons, sa démesure, sa grandeur! On refait le monde cent fois. On s’interroge sur la condition humaine, l’esclavagisme et la place de la frite dans l’histoire du monde. Angie est en pleine lecture de « Les veines ouvertes de l’Amérique latine », d’Eduardo Galeano. On pense à Antonio aussi. Au fait qu’il n’ait jamais vu le Parc National dos Lençóis Maranhenses, le must-see de la région. Ce graal dont nous rêvons et que nous atteindrons bientôt. Venus de si loin, nous aurons la chance de voir ce désert de dunes au bord d’océan. Lui, pêcheur de son état, l’a vaguement aperçu en photo. « Sim, muito bonito » (Oui, très beau), avait-il dit avec un large sourire. Sans regret, ni frustration. Sans tristesse, ni envie. Il les laisse pour nous ces sentiments. Nous, les « gens de villes modernes », nous, « le progrès », qui voulons tout voir, tout avoir, tout posséder, tout photographier. Lui, il est pêcheur. Être heureux, ça lui suffit.

Il est temps de partir. Guajiru est une étape inoubliable pour ce qu’elle nous apporte de sérénité et de calme. Sans le vivre, il est difficile d’imaginer que des villages entiers vivent à ce rythme, avec un nombre aussi restreint d’activités, dans un tel contexte paradisiaque. Un paradis simple, sans artifices, en harmonie avec la nature. Vivre le quotidien d’Antonio et de sa famille, vivre leur simplicité…

La route continue et les photos de Guajiru nous accompagnent…

Nels

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2 réflexions sur “La côte du Ceará

  1. Les larmes aux yeux du début à la fin. J'ai l'impression d'avoir fait un bond en arrière de deux ans. Je m'y croyais à nouveau! J'ai (re)senti, (re)vu, (re)gouté, (re)vécu, …!! Merci pour tes écrits qui m'ont transportée l'espace d'un instant. On y retrounera.

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