Pokhara & le tour des Annapurnas

Attention, c’est long: prenez les chips et une eau pétillante cerveja!

Nous sommes à Pokhara. Notre première étape au Népal. Le but n’est pas de faire du tourisme, mais bien de préparer notre trekking dans la chaine de montagnes des Annapurnas. A nous l’Himalaya, avec un grand H, un petit i, un m et des a. Pokhara est une petite ville très touristique, en particulier Lakeside, constituant le point de départ de bon nombre de trekkeurs. Lakeside est un enchainement de restaurants, de bars et de magasins d’équipement de montagne. Des fausses marques, évidemment. Hormis cette description peu attrayante, on doit souligner la beauté du décor. Le magnifique lac Phewa ainsi que quelques sommets au loin: le Machhaphuchhare à 6997m et l’Annapurna II à 7937m.

La question: quel trek choisir?

L’objectif. Toucher, sentir de près ces lieux magiques. On aura donc du mal à se contenter des “petits” (mais respectables) treks proposés dans la région toute proche de Pokhara. Nous voulons aller plus loin que ça.

Les contraintes. Le temps. En effet, nous n’avons que peu de temps à y consacrer. Au plus 13 jours. La deuxième contrainte est l’argent. Il existe des treks fantastiques dans la région du Mustang, par exemple, mais les prix des permis et autres documents sont exorbitants (sachant que pour le Mustang, il faut absolument passer par une agence et avoir un guide).

Les peurs. La fatigue, le froid, l’altitude et le MAM. Ce dernier, le Michèle-Alliot Marie mal aiguë des montagnes (maux de tête, vomissements et autres symptômes qui aboutissent, si rien n’est fait, par un œdème cérébral ou pulmonaire), est un paramètre très aléatoire. Il peut frapper le plus expérimenté des montagnards et épargner le novice. C’est le corps qui décide. On peut toutefois mettre toutes les chances de notre côté, en grimpant progressivement et en prenant éventuellement du Diamox (médicament recommandé).

Les questions subsidiaires. Partir avec un guide et/ou un porteur? Sachant que les avis sont très partagés sur la nécessité de recourir à ces derniers. Il y a deux écoles: ceux qui avancent qu’ainsi nous faisons « vivre » une famille et ceux qui sont contre cette pratique, estimant que ce sont des pratiques « abusives » (de faire porter plusieurs sacs très lourds par un gamin de 19 ans sans équipement, alors que le touriste, en bonne santé, promène son petit eastpak).

La décision. Après quelques recherches, nous arrêtons notre choix sur le trek baptisé: Tour des Annapurnas. Ce trek est très prisé, car il fait le tour complet de la chaîne de montagnes et offre un panorama très diversifié. Vu notre manque de temps (il faut près d’une vingtaine de jour pour compléter le tour tranquillement), nous trichons un peu en coupant le trek. En effet, le parcours monte progressivement pendant une dizaine de jours jusqu’à atteindre LA grande difficulté: le passage du col (et non, le sommet…du col) du Thorong La à 5416 mètres d’altitude. Ensuite, le parcours redescend pendant une autre dizaine de jours. Il y a évidemment des variantes et autres boucles qui peuvent être ajoutées. Pour nous, ce sera donc la version courte: après le col, nous redescendrons jusqu’au village de Jomsom pour y prendre un vol vers Pokhara.

Et cela, sans guide et sans porteurs, mais, (ré)équipés. Des bâtons, une doudoune, un pantalon en Gore-Tex, des bonnets et des gants, des guêtres. Pokhara est la ville idéale pour ça, même si le matos n’est pas de très bonne qualité (normal, vu le prix). Sans oublier ce qu’on avait déjà: des pastilles micropur (pour éviter l’achat de bouteilles en plastique: ecologico-économique donc), de bonnes chaussures, des polaires, etc.

Nos sacs sont prêts: 11kg pour Angie et 20 pour Nels, qu’on va porter nous-mêmes…

On angoisse un peu. C’est un petit bond dans le vide, mais on saute…

Une petite carte pour vous aider à suivre!

Jour 1 –  Pokhara (800m) à Bahundanda (1270m) – 3h de marche – 8km parcourus

La première journée est soft. Pour débuter, un bus de Pokhara à Besisahar. Une nouvelle fois, notre petite étoile fait des siennes. Nos places prises par d’autres voyageurs-trekkeurs, on est forcés de s’installer ailleurs. Et le hasard fait bien les choses. Dès les premières minutes, on fait la connaissance de ceux qui allaient nous accompagner (ou l’inverse) pendant plusieurs jours, Mimi & Karline, toulousains et connus sous le sobriquet « Les Karmich ». Une super rencontre. Lui, ancien boxeur, sosie officiel de Luis Figo et triathlète, compte « juste » deux Iron Man à son actif. Elle, boulot exigeant, sportive également, adepte de yoga et de reïki, mais surtout fan de Nutella. A deux, ils ont parcouru le monde lors de nombreux voyages dont un tour du monde qu’ils poursuivent actuellement avec un extra de 6 mois (au Népal, dans un orphelinat, et ensuite en Thaïlande). Bref, à la lecture de leur CV, vous aurez compris qu’ils ont du souvent nous attendre, mais surtout qu’on a pas mal appris à leur contact.

On arrive à Besisahar. Un tchaï et ça repart. En bus à nouveau, direction le village de Bhulbhule. On se fait un dal bhat (plat népalais composé de riz blanc, d’un bol de soupe aux lentilles et d’un curry de légumes) et on débute véritablement le trek. On n’arrivera pas à Syange, l’étape prévue, et on passe finalement la nuit à Bahundanda, après une dernière montée de marches redoutable.

C’est notre première soirée. Le lodge est simple, mais correct et, surtout, pas cher: 100rs (1€)/la chambre. Un rituel s’installe: la douche (ici chaude), le remplissage des bouteilles d’eau, débriefing, repas et dodo dans le duvet.

Jour 2 – Bahundanda (1270m) à Sattale (1500m) – 5h30 de marche – 15km parcourus

La suite du rituel. Réveil à l’aube. Petit dej’ au porridge et au black tea. On paye la note, qui est encore raisonnable à cette altitude (les prix augmentent avec l’altitude. Normal vu la plus grande difficulté d’approvisionnement et la raréfaction de l’offre). Packing et on est partis.

Une journée sans accros. Sauf que c’est les premiers jours, alors les jambes souffrent. Ça monte, ça descend, des marches, des ponts de singe et puis la route. En effet, il existe une “route” à jeeps jusque Syange et les autorités font construire la suite de celle-ci jusque Manang. Dans des conditions extrêmes: marteaux-piqueurs et autres explosifs sur des parois très raides où les ouvriers n’ont aucune sécurité. Les avis diverges sur les bienfaits de cette route. Evidemment, cela “tuera” le trekkeur à la recherche d’aventure – et peut-être même plus -, ce qui aura un effet néfaste sur l’économie locale. D’un autre côté, la vie des locaux sera facilité. L’avenir nous en dira plus!

On traverse les villages de Ghermu et de Syange avant de poser nos “valises” dans le mini-village (une seule construction) de Sattale. Première douche froide et repas à la bougie. Angie & Nels en profite également pour méditer sur un rocher en contemplant ces magnifiques paysages. Que la nature est belle. Ce qu’on est petits. On teste ensuite nos premiers mashed potatoes (purée de pommes de terre), garlic soup et ginger tea. Une bonne combinaison.

Jour 3 – Sattale (1500m) à Danaque (2210m) – 5h30 de marche – 10km parcourus

On ajoute un élément au programme matinal. Sous les conseils des Karmich, on se lève plus tôt et on participe à leur séance de yoga. Une demi-heure d’étirements qu’ils ont répété avec leur Yogi dans l’orphelinat de Pokhara. Le réveil est plus dur, mais les bienfaits sont incontestables.

Porridge, on prend les bâtons et on attaque la journée. Tal, Karte et Dharapani nous voient passer. Des villages typiques, mais agrémentés de ce qu’il faut pour accueillir le touriste. Ici, on transporte tout à dos d’homme, on élève des chèvres, on fait tourner les moulins de prières, on vit à un rythme que nous ne connaissons plus, malheureusement! Dans un de ces villages, on prend un petit tchaï et c’est l’occasion pour Karline de faire profiter Angie – qui a mal au genou – de ses dons en reïki: à savoir une méthode de soins énergétiques japonaise par apposition des mains. Ca marche. En tous cas, on y croit.

On poursuit la marche en suivant la rivière. C’est parfois difficile. Les Karmich nous attendent souvent et ça nous motive à avancer. Puis, entre deux bouffées d’oxygène, on discute.

On atterri à Danaque où nous passerons la nuit dans une très mignonne guesthouse. C’est aussi ici que nous commençons à faire nos premières critiques analyses des autres trekkeurs. Il y a les Quechua (probablement des français) dont la fille semble au bout de sa vie, les allemands coinços, le russe (qui est en fait allemand), les kangourous, Big & Mac (un couple d’américains) et il y en aura bien d’autres: le photographe mytho « clic-clac », les danois, l’américain, les North Face feignasses… On parie sur leur sort, on décortique leur style et s’ils ont des porteurs: on les descend!

Une pizza et au lit.

Jour 4 – Danaque (2210m) à Chame (2710m) – 4h30 de marche – 12km parcourus

Rituel et yoga, avec en supplément une pancake au Nutella. Oui, les Karmich avaient prévu le pot d’1kg de nutella et le pot d’1kg de beurre de cacahuète (info inutile: beurre de cacahuète se dit “pindakaas” en néerlandais, bon appétit).

Une journée plus courte. La pluie s’invite. Et se transforme en neige. Après avoir traversé Timang, Thanchowk et Koto, on est forcés de s’arrêter à Chame. Il est autour de midi.

On en profite pour faire un peu de “shopping”. Angie se paye une doudoune de chez Zara et Nels une vrai veste imperméable. Plus de grosses chaussettes en laine made in Nepal. Le temps se refroidit. C’était indispensable. On passe le reste de l’après-midi à quatre, au chaud, entourés d’un groupe d’allemands, à discuter. On goûte aussi nos premiers momo, sorte de dumplings (raviolis chinois à la vapeur) népalais.

Jour 5 – Chame (2710m) à Upper Pisang (3310m) – 5h30 de marche – 14,5km parcourus

L’une des plus belles étapes.

On se lève vers 5h30 pour esquiver le vent et la pluie qui pourrait arriver vers 12h, comme la veille. Il a neigé toute la nuit. On a une vue sur l’Annapurna II (7937m, pfff la honte, même pas un 8000) au lever du soleil: waouh!

On entame la journée de marche et c’est superbe. Tout est enneigé. Villages, stûpa (structure architecturale en forme de dôme représentant Bouddha et commémorant sa mort), chörten (forme tibétaine du stûpa destinée à la base à recevoir des reliques), gompa (petit monastère tibétain), sentiers, sapins, des murs et des moulins de prière. Une ambiance magique, féerique.

Aujourd’hui, sur la route, on a le choix. Lower Pisang, plus facile et plus court, ou Upper PIsang, apparemment splendide, mais forcément beaucoup plus dur. Littéralement: par en bas ou par en haut. Comme dirait un ami d’enfance depuis 2 ans: « on est pas venus ici pour gober des mouches…”, alors on prend le plus beau.

Les Karmich sont de plus en plus en jambes, alors ils partent loin devant. D’autant plus qu’il y a un intérêt à arriver tôt à Upper pour choper la meilleure guesthouse, au sommet, juste en dessous du gompa. On suit leurs traces. On ne s’arrête pas, histoire de laisser derrière nous les Big & Mac et les kangourous. On prend à gauche, puis à droite derrière l’Eglise, on grimpe, on passe Bhratang et Dhukur Pokhari, on traverse un plateau, on prend le bon pont et on arrive à Upper (non sans mal, car le village est à flanc de colline). Il n’est que 12H30. Les Karmich ont pris possession des lieux: deux chambres avec une vue “y a pas de mots mon gars” sur l’Annapurna II (7937m)! En plus, l’auberge est tenue par une dame et son fils, hyper mignons. Leur sourire nous contamine.

On a toute l’aprèm’ pour scruter ce panorama grandiose, observer les choukas et autres gypaète barbues, se relaxer, écrire, discuter et se réchauffer autour du poêle. On s’enfile des apple pie en philosophant sur le sens (celui qui dit que c’est à gauche ou à droite peut sortir) à donner au voyage. Puis, pendant que les Karmich nous racontent quelques unes de leurs nombreuses aventures et histoires, Nels prouve son grand talent pierrerichardique en mettant son pied sur le poêle quelques secondes de trop, mais suffisantes pour cramer sa chaussette. On applaudit! On termine cette agréable soirée par une séance d’initiation au reïki.

Jour 6 – Upper Pisang (3310) à Bragha (3470m) – 6h30 de marche – 17,5km parcourus

Réveil à 5h30 pour une journée interminable. On commence par une énorme montée à Ghyaru. 400m de dénivelé en quelques lacets. Nels a des premiers maux de tête et doit s’arrêter. Plus de peur (du MAM) que de mal. Partis derrière Big & Mac et les kangourous, Mimi & Karline, compétiteurs dans l’âme, se font un plaisir de les griller sur la montée. Impressionnant et beau à voir.

Cette étape est hard pour nos organismes. Mais on s’accroche, malgré les chutes dans la neige, maux de tête ou autres ampoules. Ngawal et Mungi sont sur notre route.

Pas fâchés d’arriver au New Yak Hotel, à Bragha, tenu par le frère de Snoop Dogg un jeune népalais bavard et sympa. On a choisi de se poser ici plutôt qu’à Manang (à 15 minutes), ville étape classique, pour éviter les foules. C’est réussi. On a pour seuls voisins une famille de germano-croates qui sont en phase descendante, car le fils a eu le MAM. Ils rebroussaient donc chemin pour éviter des complications. Après une bonne douche au seau, à l’ancienne, on s’installe autour du poêle avec eux et avec une seule envie: achever le fils malade B.L.I.N.D.E.R., on a faim et, même si les prix ont triplé depuis le départ, on ne se prive pas!

On restera deux nuits à Bragha. En effet, arrivés à cette altitude, il est indispensable de passer une journée d’acclimatation. Ce qui, contrairement à ce qu’on s’imaginait, est tout à fait différent d’une journée de repos!

Jour 7 – Acclimatation à Bragha – 6h de marche pour atteindre 4200m

Cette journée commence mal. Déjà qu’on pensait se reposer alors que tout nous pousse à nous activer puisque, pour éviter le MAM, il est indiqué de dormir à une altitude inférieure à l’altitude maximale atteinte dans la journée. Les Karmich nous annoncent (info inutile: alors que Nels dégustait de super bons french toast) que nos chemins vont se séparer dès l’étape suivante. On s’y attendait et on n’est pas surpris. Au contraire, on pensait que ça arriverait plus tôt. Mais on prend quand même un petit coup sur la tête. On s’était bien habitués à leur chouette compagnie et à leur rythme. Faudra se débrouiller à deux… La raison de leur décision? Ils en ont marre de voir nos tronches et de nous attendre ont bien plus de temps disponible que nous: près d’un mois de trek (avec une boucle de 10 jours dans le Mustang, les chanceux). Aucune raison pour eux de courir, pour ensuite devoir attendre leur guide pour le Mustang pendant plusieurs jours au même endroit. Ils vont donc faire un petit crochet par le lac Tilicho.

Abattus, on se lance à l’assaut de l’Ice Lake pour notre journée d’acclimatation. Le but n’est pas d’y arriver, mais juste d’atteindre la plus haute altitude possible. Ça grimpe grave, avec des vues imprenables sur les sommets voisins: l’Annapurna I, le II, le Ganggapurna, le lac Ganggapurna… Arrivés à 4200m, après plusieurs heures de grimpette, on décide de redescendre. C’est presque aussi pénible. Les genoux souffrent.

Exténués mais revigorés par les éblouissants décors, on arrive à l’auberge vers 15h30, après 6h de marche. Tu parles d’une journée de repos. On fait un peu de lessive et on s’installe pour notre dernière soirée avec les Karmich. L’auberge s’est remplie: des allemands, un russe et quelques israéliens.

On blinde à nouveau, histoire de fêter ça. C’était vraiment une chance (pour nous en tous cas) de partager notre route avec deux pros. L’apprentissage a été conséquent. On sent bien qu’ils essayent de nous rassurer sur la suite, mais, rien à faire, on chialera toute la nuit dans nos duvets. Fini les histoires sur l’Arménie, les conseils, le Nutella… !

Jour 8 – Bragha (3470m) à Yak Kharka (4020m) – 5h de marche – 9km parcourus

C’est parti. A deux. ‘Fin pas vraiment, puisqu’on fait encore un bout de route avec les Karmich jusque Manang. C’est là que nos chemins se séparent réellement.

Angie & Nels passent à l’attaque. Et c’est là qu’on est les plus forts. Il ne reste que très peu de temps avant l’épreuve finale. Le Graal. Le passage du col. On est motivés. Tellement, que partis derrière plein de groupes (deux groupes d’allemands dont un comprenait le frère à chevelu, trois russes, un groupe de français et les North Face feignasses), on se retrouve vite devant et on parvient (exténués) à Yak Kharka, la solitaire. On choisit de s’installer dans l’auberge la plus isolée au Nord. Gain d’altitude et de kilomètres pour le lendemain. Et encore plus calme, aussi.

Il est 13h. On profite du soleil pour s’enchainer deux pizzas et faire une sieste. Légèrement requinqués, on fait nos devoirs: pousser notre marche plus loin (sans les sacs), jusque Letdar, à 4230m, pour redescendre ensuite et dormir à Yak Kharka. La peur de souffrir du MAM est un excellent stimulant dans ces cas-là.

L’acclimatation faite, on se douche (doucher est un grand mot) au seau et on se mange de bons spaghettis autour du poêle. On est rejoints par trois jeunes allemands, médecins, avec qui on échange un peu.
La nuit est rude. Il fait très très froid et les couvertures supplémentaires sont inutilisables, tant elles sentent le yak.

Jour 9 – Yak Kharka (4020m) à Thorong Pedi (4540m) – 3h30 de marche – 6km parcourus

La dernière étape avant le grand jour. Gelés, on n’a pas de mal à se mettre en route. A cette altitude, l’effort commence à devenir difficile. On s’essouffle plus vite, nos mouvements sont plus lents. Heureusement, la journée est courte.

A part, une traversée de rivière plutôt dangereuse à cause de la neige et de la glace, on rejoint Thorong Pedi sans trop de casse. Deux auberges seulement. Ca sent la fin. “Tout le monde” se retrouve ici. D’ailleurs, c’est avec étonnement qu’on retrouve nos amis Big & Mac. Mais ils ne sont pas au top. Elle (Mac probablement) vomit abondamment.

Ici aussi, on a un devoir dans l’après-midi: rejoindre High Camp et redescendre. A nouveau pour les mêmes raisons. High Camp est l’ultime refuge avant d’entamer la montée vers le col. Il est déconseillé d’y dormir, car le risque de passer une mauvaise nuit est plus élevé. Certains le font. Nous, on se contente d’y aller, non sans mal (300m de dénivelé glacés), et de redescendre pour passer une bonne soirée.

Alors, la soirée? L’ambiance est spéciale dans l’établissement de Pedi. De nombreux groupes. Et deux grandes questions occupent l’esprit des trekkeurs: le MAM et l’heure à laquelle partir à l’assaut du col le lendemain. Plusieurs écoles: les allemands partiront avec leur guide à 2h du mat’ à la frontale, la famille d’anglais vers 3h30, les autres hésitent. Et nous aussi. Il règne une certaine tension. Comme la veille d’un examen ou d’un entretien pour un boulot. Une boule dans le ventre. Mais le moral et l’envie gonflés à bloc. C’est excitant!

Au-delà de ça, on passe un super soirée avec Yair, le sud-africain (un mini-consul tatoué, fan de Nando’s, d’Astérix et qui a quitté Wall Street pour écrire) avec qui le courant est super bien passé, Marc, le british, N’quelque chose (avec son accent, on comprenait que dalle), la kiwi, et puis, ceux qui allait devenir nos compagnons de route, Marie & Pierre, du Québec.

Avant d’aller se coucher, on se décide de partir à 5h. Une heure raisonnable. Même si on sera les derniers à partir. La nuit, il fait -20° dehors. On le sent!

Jour 10 – Thorong Pedi (4540m) à Muktinath (3800m) en passant par le col du Thorong La (5416m) – 12h de marche – 16km parcourus

Le jour J. Le stress est palpable. Mais il est positif. On n’a pas le MAM et on a toujours pas pris de Diamox. On sait que ce sera incroyable en haut. On enfile notre porridge sans trembler. Tout le monde est parti, sauf nous, Marie & Pierre et une partie de la famille anglaise (en effet, la maman était mal et ils ont décidé qu’elle passerait le col à dos de yak, puis de cheval. Le fils, Mark, militaire allait “juste” suivre les pas du yak: une fusée!). Big & Mac ont déclaré forfait, ils partiront peut-être le lendemain. Ou le sur-lendemain. Ou peut-être pas.

Au dernier moment, Chris, un californien sorti de nulle part, se joint à nous. On sera 5. Frontales vissées sur le front, on s’attaque à la paroi entre Pedi et High Camp (4850m). On la connait pour l’avoir faite la veille. On sait en plus que c’est l’une des plus raides du parcours. 1h30 pour atteindre High Camp. La neige est haute. Et malgré l’heure matinale, le vent est déjà levé. Etrangement fort et anormalement glacial (-10°), il a freiné quelques groupes partis plus tôt. C’est le cas d’une dame seule et d’un jeune couple d’israéliens. On prend un bon hot lemon pour se réchauffer et on continue.

La suite n’est pas plus facile. Le vent a déposé la poudreuse sur le “sentier”. On s’enfonce de près d’un demi-mètre et cela à quelques centimètres seulement d’une pente abrupte. On flippe vraiment. Un pas de travers et c’est la chute sur plusieurs dizaines de mètres (le couple d’israéliens et leur guide ne passeront d’ailleurs jamais cette première épreuve après High Camp. Ils ont probablement rebroussé chemin). Par endroits, c’est presque plus de l’alpinisme que du trekking. Nos geste sont lents. Nos sacs semblent peser une tonne. On souffre. La respiration s’accélère sans raison et devient haletante. L’essoufflement nous guette. On a dépassé l’altitude du Mont-Blanc. Une grande couverture blanche absorbe nos petits pas. On est minuscules ici. Si c’est bon de n’être plus rien que soi-même.

Notre ascension se poursuit à 5. On s’accorde une pause de temps en temps. Pas trop longtemps sinon nos doigts et orteils s’engourdissent. C’est l’occasion de fraternisé avec Marie & Pierre, deux sacrés personnalités. Le courant passe. Ça nous permet de nous unir pour dépasser ces difficultés.

Un tea shop à 5030m. On s’arrête pour grignoter et se réchauffer légèrement. On est à plus de 5000 mètres d’altitude et on se sent plutôt pas mal, vu les conditions. En tous cas pas de MAM à l’horizon. Les jambes, ça va aussi. On se rhabille en sachant qu’on part pour la dernière grosse étape. Il est 9h30, ça fait déjà 4h30 qu’on grimpe.

C’est parti. Tels des zombies, des robots avec une mission enregistrée: continuer à marcher jusqu’au sommet. Ne rien lâcher. Dans de telles situations, on se dépasse sans y réfléchir. On n’a plus la force de penser, de gamberger. La motivation est animale. Le cerveau ne répond plus de grand chose, c’est l’instinct qui s’exprime. C’est le corps qui n’écoute plus les limites qu’impose l’esprit. Au bout de soi-même, d’un soi physique et psychique qu’on ne connaissait pas. La douleur, la souffrance, le froid sont des géants, mais on ne soupçonne pas la force de l’Homme confronté à des situations limites. Les sensations, l’accomplissement et le dépassement de soi gravent si fort notre esprit et notre cœur qu’on ne ressent plus rien. On avance. On est amortis. On lève la tête de temps en temps et on admire. On comprend qu’ici, on n’est pas grand chose! La nature est grandiose.

Penser à des gens comme Nando Parrado (Alive) et son compère Roberto Canessa semble inévitable dans ces circonstances. Ça motive Pierre comme Nels. Angie semble, elle, plus à l’aise que jamais. En tous cas dans son allure. Poussée par une énergie folle et une détermination hors du commun.

Il est 11h40. A bout de forces, le souffle court, l’œil hagard, on aperçoit les drapeaux de prière qui annoncent le passage. On y est. Presque 7h de marche plus tard. Notre joie est énorme. Les larmes aux yeux, on pose devant la stèle indiquant qu’on y est arrivés. Peu de mots peuvent décrire ce qu’on y ressent! On pense à ceux qu’on aime et il nous hâte de partager notre bonheur avec eux. On a aussi une pensée pour les Karmich (ils ont probablement raté le petit message laissé pour eux sur le drapeau portugais, zut!). D’ailleurs, en montant, Nels avait des hallucinations et voyait Mimi, déguisé en Figo, lui répétant: “Tou ne va pach abandouner aprech touch chès efforttes qu’à même, ca**lho!”

Thorong La: le plus haut col du monde… de la région – 5.416 mètres!
Après une soupe bien chaude, on se lance (déjà) vers l’étape deux. La descente. Car ce n’est pas fini. Il faut maintenant redescendre à Muktinath (3800m). Détrompez-vous, c’est loin d’être facile. 1600 mètres de descente dans la neige, les crevasses et avec, en prime, un vent de plus en plus violent.

On n’est plus 4. Chris et sa drôle d’allure est tombé dans une crevasse (on essaye de vous garder concentrés, hein!) est parti devant et on ne le reverra plus. Les chutes, les rafales de vent et les pauses chocolat agrémentent notre descente. On se marre bien. Mais, c’est long! Très long.

On commence à voir le bout du tunnel et on espère trouver un médecin compétent à Muktinath pour nous greffer de nouvelles rotules.

Ça y est. Il est 17h30, on est arrivés. 12 heures de marche. On retrouve ceux partis plus tôt. Tout le monde se félicite. Pour nous, la route devait continuer en 4×4 jusque Jomsom. Trop tard, plus de jeeps. C’est l’occasion de passer la soirée avec Marie & Pierre pour fêter notre « exploit ». Repas traditionnels au menu: hamburgers et pizzas.

Jour 11 & suivants – Muktinath (3800m) à Pokhara (800m) en passant par Jomsom (2731m)

C’est la fin du trek. 57 heures de marche effective et plus de 100km parcourus, plus tard.

On prend une jeep jusque Jomsom. Les paysages sont toujours aussi beaux. Il nous reste encore beaucoup à découvrir au Népal.

On passe ensuite une journée relax à Jomsom. Le lendemain, on s’envole pour 15 minutes avec Agni Air vers Pokhara. Une expérience originale. Un tout petit aéroport, un avion minuscule et surtout un survol des Annapurnas. Splendide!

La vie normale reprend sont cours. On s’installe dans notre hôtel à Pokhara et on prend nos tickets de bus pour rejoindre Katmandou, le lendemain.

Pendant 11 jours, on a vécu une expérience sensationnelle. Avec un point culminant, le passage du col, qui restera gravé en nous à jamais, comme l’un des moments les plus intenses de notre existence.

Le col du Thorong La à 5416 mètres d’altitude, sans Diamox, sans guide et sans porteur, avec des sacs de 11 et 20 kg sur le dos. On l’a fait! En tout honnêteté, et avec toute l’humilité que nous enseigne ces lieux – où l’homme est une poussière face à la nature -, on est plutôt fiers de nous. Plus que ça, on est heureux! Il n’y a aucune réelle prouesse ni record du monde, juste une expérience belle et forte, gravée au plus profond de nous.

Merci aux Karmich, à Marie & Pierre d’avoir partagé ces moments avec nous et à vous d’avoir lu jusqu’au bout!

Après ces “quelques” mots, le plus important: les photos sont en-dessous.

Nels

EDIT: Petite précision. Dans l’émotion, on est tombés dans le panneau de la petite blagounette commerciale qui annonce le col du Thorong La comme le plus haut col du monde. C’est pas tout à fait vrai: c’est le plus haut col du monde, de la région 🙂

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10 commentaires sur “Pokhara & le tour des Annapurnas

  1. C'est extraordinaire ce que vous avez fait! Epatant wahou quelle santé, ça valait le coup de s'entrainer Angélique 🙂 Soyez hyper fiers de vous!!! On vous envoie des bisous! Tine… & Cie!

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  2. Aussi beau soit le récit, jamais nous ne pourrons réellement nous rendre compte de ce que vous avez dû ressentir…

    Ceci j'en suis sûr marquera la suite de votre existence sur cette petite planète appelée LA TERRE.

    SOYEZ FIERS DE VOTRE EXPLOIT !!!!

    F.E.L.I.C.I.T.A.T.I.O.N.S.

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  3. Coucou Angélique,
    Bonjour Nelson,

    Je suis régulièrement vos aventures sur le site (ca faitune chouette pause au boulot ;-). Tous vos récits et photos donnent envie de vivre une expérience comme la vôtre mais là, je dois dire que ce trek fait vraiment réver… Merci de partager tout ca avec nous.

    Profitez bien de la suite, bisous!

    Sophie G

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  4. waw! quel périple! franchement vous pouvez être fier de vous!
    un énorme merci pour la carte envoyée du népal pour la naissance d'hadrien! je suis très touchée que vous ayez pensé à nous à l'autre bout du monde!

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  5. On est tous fiers de vous, je savais que cette étape allait être quelque chose de très marquant. Bravo pour l'exploit physique, mais surtout d'en être sortis plus forts!

    bisous et on continue à vous suivre toujours avec le même intérêt!

    Wils, Delph & Diego

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  6. trop!! trop!! génial …ce sourire cette émotion ..cette fierté ..tout vous va !! nous partageons avec vous chaque difficulté.. chaque réussite et bien sûr!!! toute vos émotions ..merci nos jeunes globe-trotteurs de nous faire suivre ce voyage..on vous aime bisous des tivieux

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