Rapa Nui

Par où commencer? La fin. Nos sentiments.

On est tombés amoureux de cette île. Après plusieurs semaines épuisantes, nous atterrissons au paradis. Nature, tranquillité, harmonie, mystère, beauté, magie, etc. L’île de Pâques.

Mais revenons au début.

Après un vol de quelques heures, notre avion se pose au Chili. Enfin, pas vraiment. Ce n’est plus le Chili. L’île de Pâques est à des lieux de Santiago (près de 3.700km). Et pas seulement d’un point de vue géographique. Ici, on se sent plus proche de la Nouvelle-Zélande. Tant pour les paysages, que pour la culture. Maori, évidemment. Bref, pas loin de la Polynésie. Une île du pacifique. Pas paradisiaque, à la tahitienne. Plutôt mystérieuse comme… Comme pas grand chose. Rapa Nui, le nom de l’île en rapa nui (la langue polynésienne locale), est probablement unique sur notre planète.

Sa singularité repose, bien entendu, sur les célèbres moaïs. Ces statues géantes qui peuplent l’île. A cela s’ajoutent son isolement géographique et le mystère entourant l’origine de ses premiers habitants. Même si aujourd’hui il existe un certain consensus pour affirmer qu’il s’agissait d’un petit nombre de voyageurs, mené par le roi Hotu Matu’a, et originaire d’autres îles du Pacifique. Vers 800 (400 pour certains, 1.200 pour d’autres).

Pendant plusieurs siècles, la civilisation pascuane va se bâtir autour du culte des ancêtres. Développant sa propre écriture. Erigeant les illustres moaïs, sur des terrasses de pierre, appelées ahû. La construction des colosses de pierre, en hommage aux anciens, va devenir leur principale activité. D’abord, édifiées à taille humaine, puis, de plus en plus gigantesques (jusqu’à 9m). Tous en basalte. Parfois, surmontées d’un pukao, sorte de chapeau, en tuf volcanique. A l’état final, les monolithes possédaient des yeux blancs à l’iris rouge ou noir. Près de 900 moaïs furent mis sur pied. La majorité tournait le dos à l’océan.
Cette ère va connaître un arrêt sanglant. En effet, dès la fin du 17° siècle éclatent de violentes guerres de clans. Ces luttes intestines vont marquer un tournant politico-religieux dans la culture de l’île. C’est le début de l’âge d’Orongo, du nom du hameau cérémoniel construit à l’extrémité sud de l’île. Le temps des moaïs est révolu, avec violence ainsi que la destruction de nombreuses statues. Le culte des anciens laisse sa place au rite du tangata manu, l’homme-oiseau.
Certains historiens ajoutent un autre facteur décisif à cette révolution socio-culturel. Le déboisement massif de l’île. En effet, sans bois, il était devenu impossible aux insulaires de déplacer les géants de pierre, pesant jusqu’à 80 tonnes. Un changement était devenu inévitable.
Cet épisode se déroule juste avant l’arrivée des premiers européens. Hollandais (Roggeveen), Espagnols (de Haedo), Britanniques (Cook) et Français (La Pérouse) se succèdent. Déjà fragilisée en interne, l’île de Pâques, qui doit ce nom à la première incursion de Roggeveen, un dimanche de Pâques, va succomber à la colonisation européenne. Dans un premier temps, le pillage de ses ressources. Un second round avec les marchands d’esclaves. Emmenés, dans des conditions atroces, pour travailler dans les mines et les plantations, au Pérou (pour le guano) ou en Australie. Vers 1860, c’est au tour des missionnaires catholiques d’entamer une évangélisation forcée., détruisant ce qu’il restait de la culture locale. Il va sans dire que ces différentes étapes induisent un ensemble d’autres facteurs négatifs, directs et indirects. Ne citons, à titre d’exemple, “que” les maladies importées, qui ont eu pour effet d’éliminer la quasi totalité de la population autochtone. Il ne restait plus que 111 individus en 1877…
La suite de l’histoire n’est pas plus réjouissante. Annexion de l’île par le Chili, au cours de la guerre du Pacifique. Le Chili s’empresse de céder le territoire insulaire à une compagnie anglaise, spécialisée dans la laine. Rapa Nui devient une immense ferme, destinée à l’élevage de moutons. Impliquant l’appauvrissement endémique du petit territoire. En 1953, le Chili reprend sa possession sous l’action musclée de ses militaires. L’île va ensuite subir les soubresauts politiques du continent. Des militaires. De l’espoir d’un gouvernement civil. Du coup d’état militaire de 1973. Avant, enfin, un peu de répit.
Rapa Nui est, aujourd’hui, confrontée à des soucis d’une autre nature. Même si l’île jouit d’un statut spécial à l’intérieur même du Chili, les indigènes ont encore de nombreuses revendications. Notamment, d’ordre foncier. En effet, les pascuans ne possèdent aucun autre territoire que celui du seul village, Hanga Roa. Le second problème majeur de l’île nous concerne. Il s’agit du tourisme. Ou plutôt de la préservation de l’île, de sa culture et de son écosystème face au tourisme de masse.
Nous pouvons témoigner du fait que, même s’il y a quotidiennement un nombre impressionnant de visiteurs, nous sommes encore assez loin de l’effet parc d’attraction. Pas de foule, pas de files, pas trop de commerces orientés touristes. Tout cela reste de l’ordre du raisonnable. Néanmoins, à terme, ces problèmes risquent se poser. Dès lors, il semble essentiel d’anticiper et de trouver des solutions adéquates, c’est-à-dire loin des standards de notre société actuelle. Où le profit et consommation sont les uniques facteurs décisionnels. Espérons que les notions de protection, de souveraineté et de préservation pourront être défendues par les locaux. Heureusement, ils n’ont ni grandes réserves d’eau ni pétrole.
Après cette longue introduction, plongeons-nous dans notre aventure personnelle.
Une aventure parfaite débute par un accueil sympa. C’est le cas. Lluvia – à savoir pluie de son prénom – est notre hôtesse. Elle nous attend à l’aéroport avec le traditionnel collier de fleurs. Elle nous emmène, ensuite, vers notre pied-à-terre. Une romantique petite auberge (à peine trois chambres) avec vue sur l’océan. L’harmonie avec l’île est parfaite.
Bienvenidos a Te Ora.
Avec Lluvia, nous faisons également connaissance avec le seul, et minuscule, village de Rapa Nui, Hanga Roa. A l’image de l’île. Protégé. Préservé des constructions modernes, des grandes et imposantes routes, de l’agitation et du bruit, du stress, des multi-nationales et autres infections virales. Tout est local, familial, centré sur la nature. Les revenus des différents commerces reviennent directement aux familles exploitantes (dont certains européens expatriés, souvent mariés à un pascuan). C’est l’un de leurs moyens de subsistance. Il y a également un prix à payer pour pénétrer dans deux zones de l’île. Montant qui sert à la préservation de cette dernière. En d’autres termes, une économie saine et raisonnable qui rend les prix, parfois assez élevés, plus acceptables.
Un exception à ce modèle familial: un tout récent, et clinquant, complexe hôtelier. De luxe. Evidemment (même si, pour être tout à fait honnête, il est plutôt bien intégré dans l’environnement local). Il y a toujours des gens pour se faire un petit billet en plus. Et d’autres qui ne peuvent s’empêcher de péter dans la soie. C’est la nature humaine.
En 5 jours, nous avons largement le temps de faire le tour de l’île. De ce lieu magique. Le plus isolé au monde. Parcourir ce triangle de 162km².
A pied.
Nous partons très vite à l’assaut de l’un des trois grands volcans. Le plus au Sud. Rano Kau. Il est éteint, comme tous les cônes de Rapa Nui. Pour l’atteindre, nous longeons l’océan. Sauvage. D’un bleu profond. D’énormes vagues s’écrasent sur les nombreux rochers noirs qui bordent l’île. Après la mer, nous pénétrons dans la forêt. Une minuscule forêt, car Rapa Nui souffre justement de la déforestation. Arrivés au bord du cratère, c’est l’extase. Sublime. Cette grande cuvette ébréchée jouxte la mer.
Nous avançons le long du cratère jusqu’à atteindre le village sacré d’Orongo.
Le village regroupe des maisons elliptiques, elles-mêmes constituées de pierres plates superposées. Ce n’était pas un lieu résidentiel. Son rôle était intimement lié au rite du tangata manu, l’homme-oiseau. Cette compétition, organisée annuellement, mettait à l’épreuve les différents clans du village. Chacun d’entre eux désignait un homme, chargé de les représenter. Les concurrents se retiraient, ensuite, dans Orongo pour s’entrainer pour la compétition.
Le tangata manu consistait à s’emparer du premier œuf de l’oiseau migrateur manutara. Au début du printemps, les manutara parcourent plusieurs kilomètres pour venir pondre sur les trois îlots faisant face à Orongo. Les concurrents, le corps couvert de peintures traditionnelles, se lançaient, alors, à l’assaut du plus grand de ces îlots, Motu Nuoi. Ils descendaient une falaise de plus de 300m, nageaient près de 2km et scrutaient patiemment l’arrivée du premier oiseau. L’œuf en main, ils entreprenaient le retour. Le premier à remettre un œuf à son roi devenait le tangata manu, durant une année. Intronisé, par la même occasion, comme le chef religieux et politique de l’île et vénéré comme un demi-dieu.
La visite du hameau est splendide. Tant pour la beauté de ses maisons, que pour la vue sur les îlots. Ou encore pour sa situation incroyable. A l’extrémité Sud de l’île. Au bord de Rano Kau.
Cette première approche de l’île nous envoûte définitivement. On ressent intensément ce sentiment, si agréable, d’être au bout du monde. Sublimé par la sensation d’être isolé du reste de la planète ainsi que par la perception très concrète d’être sur… une petite île. Ces feelings sont accentués par l’immensité de l’océan, face à nous, et par la relative solitude qu’on peut éprouver. Autrement dit, et plus simplement, on est heureux!
A pied. Encore.
Un trek d’une journée vers le Nord. 10h de marche dans ce décor surréaliste. Le long de la côte, nous traversons d’abord Hanga Roa, avant d’atteindre le site de Ahu Tahai. Nos premiers moaïs. Difficile de décrire ce qu’on ressent en voyant ces colosses. Inscrits dans nos cerveaux, plus comme un mythe, une illusion, un songe que comme une réalité. Ils sont, pourtant, bien là. Dos à la mer. Imperturbables. Ce ne sont pas les plus grands de l’île. Mais ils nous impressionnent. Ils sont beaux ces peeeîs, comme les a bruxellisés Angie.
Notre parcours nous mène à en croiser d’autres. Ahu Hanga Kio’e. Un moaï isolé. Toujours en bordure de mer. Ce littoral pelé, vert, formé de rochers noirs, de falaises abruptes.
Nous faisons une incursion dans le cœur de l’île afin d’atteindre son point culminant. Le volcan Rano Aroi. Sur le chemin, nous observons les seuls moaïs tournés vers la mer. Le site Ahu Akivi. Ceux-ci représenteraient les premiers explorateurs arrivés sur Rapa Nui. Les éclaireurs venus examiner si cette terre était propice à accueillir leur peuple.
La suite de notre parcours est grandiose. Vallonné. D’un vert éclatant. Un ciel chargé. Des chevaux en totale liberté. Et le sommet. Où nous avons une vue à 365° (dédicace à Carole) 360°. On a le loisir de contempler toutes les coutures de l’île. Magnifique.
Nous opérons le retour par l’intérieur. Fatigués, nous sommes sauvés par un habitant qui nous embarque à l’arrière de son pick-up. On revient au Ahu Tahai (c’est le site le plus proche de Hanga Roa) pour admirer le coucher de soleil. Hors du commun. Eblouissant. Les moaïs s’éteignent sous nos yeux ébahis.
En quad.
L’objectif est de faire le tour complet de l’île. Le quad, notre moyen de locomotion. Nous atteignons pour la première fois la seule plage de l’île. Anakena. A l’extrême Nord. Que dire? C’est l’un des plus beaux endroits que nous ayons vu. Une plage de rêve. Avec un cachet énorme. Entourée de palmiers. Dominée par six moaïs. Majestueux!
Une petite baignade. Une ballade sur la plage, une nouvelle fois suivis par un mange-pierres. Et nous entreprenons notre parcours le long de la côte Est.
Un premier arrêt sur l’un des plus beaux sites. Ahu Tongariki. 15 moaïs. Parfaitement alignés. Surprenants!
Ils sont surveillés de près par le Rano Raraku. Le troisième grand volcan. D’une importance capitale. C’est la nurserie des moaïs. C’est ici, sur le bord du cratère (à l’intérieur, comme à l’extérieur) qu’ils étaient taillés. Façonnés à même la roche. Avant d’être transportés, couchés.
On parcours avec surprise et délectation cet endroit surréaliste. La carrière semble avoir été abandonnée en plein travail. On y trouve des moaïs à peine entamés. Certains, pas vraiment terminés. D’autres couchés, prêt à être transportés. Quelques uns de travers. Beaucoup ont été sortis de terre. C’est dans ce lieu complètement fou qu’on trouve les plus grand d’entre eux.
La côté Est, moins abrupte que la face Ouest, propose toute une série de sites. La plupart sont de “simples” ahus dont les moaïs ont disparu. Pour certains, les statues sont encore là, mais ont été renversées. Brisées. Éparpillées  Les conséquences des guerres claniques.
A vélo.
Enivrés par le charme irrésistible d’Anakena, nous décidons d’y retourner. A vélo, cette fois. 18km ardus. Mais cet endroit le mérite mille fois. Nous passons une journée de rêve. Au paradis. Même l’intermède pluvieux sera un bonheur!
Quoi d’autre?
Nous avons profité langoureusement de notre maison, Te Ora. Angie, dans un magnifique peignoir en satin rose, de chez Decathlon et des Crocs vert pomme aux pieds. Une bouteille de Beaujolais Nouveau premier prix en main. Nels, comme à son habitude, vêtu d’un ensemble en lin blanc, très large, de manière à flotter au vent. Catogan sur la tête, collier ras du coup en cuir avec un pendentif en pierre blanche, alternant sandalettes en cuir et santiags basses. Sur la platine, Dick Rivers succède à Herbert Léonard, avant de laisser sa place à la double compil’ live de Carlos. Tous deux, avalant de délicieux petits dej’, préparant quelques repas dans la cuisine à ciel ouvert. Jouissant de la terrasse ensoleillée et de la vue sur les vagues déchainées du Pacifique. Waaaouh!
Nos papilles, quant à elles, se sont délectées sur les bons petits plats du resto familial, Tataku Kave. Au menu: ceviche, rape-rape (écrevisses), mata-muiva (un poisson local), du poulpe al pil pil et des pisco sour à volonté. Face au soleil, déclinant sur le Pacifique. Des moments inoubliables. On aimerait les décrire, les écrire, mais nous n’avons pas le talent de retranscrire ces émotions en mots.
Le dimanche est un jour particulier sur l’île. Les locaux se rendent en masse à l’église. Et nous aussi. Un spectacle très spécial. Une église bondée. De très beaux chants en rapa nui. Une énergie particulière se dégage de ce lieu. Au-delà de l’aspect religieux (qui est personnel à chacun), nous sommes impressionnés par l’harmonie, l’amour et la fraternité qui se libèrent de cette manifestation.
Notre rêve touche à sa fin.
Chaque seconde passée dans cet endroit est unique. Chaque moment est magique. Chaque expérience nous renvoie à l’intérieur de nous-même. D’un façon positive. Avec une joie intense et profonde. Le sourire sur nos visages est façonné par l’île. Elle l’inscrit en nous. On voudrait être triste qu’on y parviendrait pas. Ce lieu est singulier. Surnaturel. Un voyage spatio-temporel qui nous mène sur une autre planète. Plus proche du paradis!
Moruru Rapa Nui.
Les photos (Pentax & iPhone), fragile miroir de ce que nous avons vu et ressenti, sont plus bas.
Nels

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3 commentaires sur “Rapa Nui

  1. Moais…et chantons ? le titre pétillant du double-live de Carlos ? Wouaw ! Vous avez pris votre pied ! Angie…ton peignoir c'était pas en satin ! On dirait du moai-r.

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  2. Troublante cette ressemblance entre Nelson et le moai sur la photo… 😉

    J'ai adoré vos photos avec les filtres. Magnifiques !

    Assurément un des high light de votre TDM.

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