Sa Majesté le lac Titicaca

La Bolivie. Tout un programme. Mais procédons par étapes.

La première. Se reposer et mettre un peu nos affaires à jour. Pour cela, Copacabana semble être l’endroit rêvé. Une ville avec peu d’intérêt et bien trop touristique. Nous installons nos quartiers à l’hôtel Aldea del Inca. Plutôt haut de gamme, donc cher, mais sans grand charme. Heureusement, ses hamacs sont confortables et offrent une vue imprenable sur Sa Majesté le lac Titicaca.

N’enterrons pas trop vite Copacabana. Certes, le village n’a pas beaucoup de charme. Certes, il y a beaucoup trop de touristes. Certes, on vous propose, à chaque coin de rue, les mêmes pulls en alpaga et les classiques tours sur l’Isla del Sol. Certes, on découvre que dans le coin, les maisons sont souvent construites en parpaings rouges (briques) et rarement achevées. Certes, le port de plaisance n’est pas beau, avec ses bateaux pleins à craquer de bestiaux touristes. Certes, cela fait beaucoup de certes dans un seul paragraphe, pour affirmer, qu’au final, la petite cité possède quelques atouts.

D’abord, son nom qui fait rêver. Il nous fait penser à des températures de plus de 30 degrés, aux strings en pagaille et aux plages de rêve. Il faut savoir que l’originale, c’est la ville bolivienne. Copacabana vient de la langue aymara et signifie “vue sur le lac”. La légende dit que le nom de la célèbre plage brésilienne vient d’une promesse faite à la vierge de Copacabana par un marin égaré.

L’illustre vierge de Copacabana, aussi appelée vierge de la Chandeleur ou vierge brune, est également l’une des curiosité de la ville. Reine de Bolivie, elle a été taillée par un sculpteur inca. Elle est installée au cœur de la splendide basilique de Nuestra Señora de Copacabana. Réellement belle. Construite au 16° siècle dans un style morisque (les Morisques étaient des musulmans d’Espagne, convertis de gré ou de force au catholicisme).

C’est devant cette dernière qu’est organisée une cérémonie, pour le moins surprenante: le baptême des voitures! Les bagnoles sont décorées, baptisées par un prêtre et arrosées de champagne (ou de bière). C’est très sérieux!

Un autre atout de la ville est la beauté de ces vieux campesinos habillés traditionnellement (jupes colorées, longues tresses, chapeau melon, couverture sur le dos, etc.). Le visage souvent marqué par les années, la rudesse de leur travail et la sévérité du climat, ils sont extrêmement attachants. Dommage que le contact ne soit pas évident.

Enfin, n’oublions pas le principal attrait de la ville: le Lac Titicaca. Les caractéristiques de ce dernier ne trompent pas. Plus grand (pas en superficie, mais de long en long) lac d’Amérique du Sud. Plus haut lac navigable du monde. 8.562km² d’eau douce. 204km de long et 65km de large. 3.812m au-dessus du niveau de la mer. Une profondeur moyenne de 107m (et maximale de 284m). 41 îles. Alimenté par 25 rivières. 1.125km de rives.

Son nom vient de l’aymara “roc de puma”, en référence à l’Isla del Sol, cœur de la mythologie inca. La légende dit que les habitants d’une vallée fertile, poussés par le diable, bravèrent l’interdit de grimper sur les montagnes voisines. Fâchés, les dieux des montagnes envoyèrent des pumas qui massacrèrent toute la population. Le dieu du soleil, vénéré par ce peuple, pleura pendant 40 jours et 40 nuits. De ses larmes est né le Lac. Les deux seuls survivants virent les pumas assassins se transformer en pierre. D’où le nom du Lac.

Plus scientifiquement, Titicaca est un vestige du grand lac Ballivián qui occupait l’Altiplano pendant l’ère pléistocène (qui débute il y a plus de 2.500 millions d’années et se termine vers 9.600 ACN). Pour la petite histoire, c’est l’assèchement d’une parti de ce lac qui donna naissance aux salars de la région, notamment l’illustre salar d’Uyuni.

Revenons à des temps plus présents. Nos journées sont rythmées par quelques visites des points d’intérêt, des truites grillées, les hamacs de l’hôtel, du planning et du bloggage.

Après trois jours à ce rythme, on se décide à passer à l’action. Comme tout bon visiteur, on souhaite se diriger vers la célèbre Isla del Sol. Toutefois, Angie, toujours aussi astucieuse, nous a préparé une petite variante. En effet, nous faisons l’impasse sur les bateaux à bestiaux. Au lieu de prendre le bateau pour l’île, nous partons à pied, à travers la campagne, jusqu’au petit village de pêcheurs de Yampupata. Ce village isolé est très proche de l’île.
Dès le départ de notre rando, nous comprenons que nous avons fait un choix génial. Nous quittons Copacabana décidés à voir du pays. Et on n’est pas déçus. Des vaches, des canards, des cochons, des lamas. Des paysages ruraux charmants. De petites maisons en adobe (comme très souvent hors des grandes villes). Des villages attachants. Des gens souriants. Des enfants qui jouent avec un vélo datant de Mathusalem.

Et puis, ce petit resto. Situé sur une minuscule île flottante. Construite et exploitée par une famille accueillante. Il est n’est même pas midi, tant pis, nous prenons quand même une truite. Pêchée à l’instant par le papa, tuée sous nos yeux par la fille, préparée à la minute par maman, pendant que les deux plus jeunes jouent avec la barque. La truite est succulente. La meilleure!

Nous poursuivons notre parcours à travers la campagne bolivienne. Toujours en longeant le majestueux lac. Impossible de le quitter des yeux. Il est toujours aussi beau. Impressionnant. Et envoûtant. Nous devons le quitter une petite heure afin de traverser la montagne, via une ancienne route inca. Ce qu’il en reste en tous cas. De grosses pierres, qui ne forment plus qu’un chemin tortueux et accidenté. Et ça monte de surcroît. Nous sommes vite rattrapés par un habitant du coin. La cinquantaine bien entamée, un bon bidon, les gencives et les dents abîmées par la coca, qu’il continue de mâcher avec plaisir. Nous faisons un bout de chemin ensemble.

Le temps pour lui de s’assurer que nous ne sommes pas américains. De nous faire part de sa haine des USA, qui « ne font que coloniser et voler les autres pays, toujours pour le pétrole. Et, en plus, ils critiquent la Bolivie à propos de la coca, alors qu’ils sont les plus grands trafiquants de cocaïne du monde ». De nous parler de sa vision de l’invasion américaine en Irak, un pays souverain. De nous communiquer son admiration pour Hugo Chavez, Fidel Castro et Evo Morales. De nous apprendre qu’Evo Morales fait beaucoup pour les petites gens comme lui (notamment une allocation mensuelle fixe de 200 bolivianos) alors que les gouvernements précédents se contentaient d’engraisser les riches et d’appauvrir le reste de la population. Bref, il nous a semblé assez lucide et bien informé ce vieux paysan.

Plusieurs heures de marche plus tard, les genoux en compote, nous atteignons le petit village de Yampupata. 70 familles vivent ici. Principalement de l’agriculture (la pomme de terre en particulier) et de la pêche. Après une négociation infructueuse, nous embarquons avec un pêcheur pour l’Isla del Sol. Évidemment, cela nous coûte plus cher que pour les touristes partant de Copacabana. Bien sur, nous sommes plus fatigués que ces mêmes touristes. Mais pour rien au monde, nous n’aurions échangé notre place avec la leur. Cette marche nous a permis de nous imprégner du lac. De le sentir. De le vivre…

Et là, sur ce petit bateau de pêche, on le sent encore plus fort. Froid et intrigant. D’une brillance éclatante. Il semble couvert d’un drap de soie.

Nous débarquons sur l’île. Accueillis par des enfants, venus… gratter des bolivianos! Nous les suivons et entamons la pénible ascension jusqu’au village de Yumani. Très vite, comprenant qu’on ne leur donnera pas d’argent, les enfants nous quittent. Pas grave, nous trouverons un hébergement par nous-mêmes. C’est chose faite, en suivant un autre enfant. Peu intéressé. Ne souhaitant pas de dollars, juste aider sa famille à remplir le petit hôtel familial. On y pose nos valises. On prends deux chaises et on s’installe sur la terrasse de l’hôtel. Une vue magique sur Titicaca, avec en toile de fond, l’impressionnante cordillère royale. Des sommets enneigés de plus de 6000m. Le soleil se couche lentement. C’est unique!

Une sopa de verduras y choclo. En gros, une soupe de légumes et maïs. Une milanesa de pollo. A savoir, une escalope de poulet panée. Un maté de coca. C’est-à-dire une infusion à base de feuilles de coca. Au lit.

Le réveil est matinal. Nous traversons l’île du sud au nord. Un hasard (celui d’avoir atterri au sud) qui s’avère excellent. En effet, tous les visiteurs font la traversée dans l’autre sens. Bingo! On est quasi seuls sur les sentiers. Le spectacle est toujours aussi beau sur ce chemin (payant) vers le nord. Jusqu’à l’apothéose. L’extrême nord. Les ruines de Chinkana, une colline qui pointe vers l’infini, sous le soleil qui entame imperturbablement sa lente descente. La lumière devient extraordinaire. Angie est partie devant vers le village de Challampampa, pendant que Nels discute avec une très vieille dame. Celle-ci lui explique combien la vie était difficile avec les espagnols. Combien la révolution populaire de 1952 a été un moment important. La lune pointe son nez, le soleil est couché. L’heure de retrouver le village.

A Challampampa, Angie s’est déjà trouvée des copines. Cathy et ses deux filles, Lola & Nina. Des françaises. Nous sommes tous installés dans un hôtel encore en construction (dans le future salle de bain, point de baignoire, juste quelques sacs de ciment), face à la plage. Nous allons dîner tous ensemble et faisons la connaissance d’un autre couple de français. Une soirée « échange d’expériences », autour d’une milanesa!

Cette soirée clôture notre aventure dans l’un des plus beaux lieux que nous avons eu la chance de voir. Peu de mots peuvent décrire ce que nous avons ressenti devant ce lac. Titicaca, we will be back! For sure.

Le lendemain, nous nous retrouvons au port pour prendre un bateau pour Copacabana. Pas de chance, peu de touristes sont présents. Vu le manque d’affluence, le bateau refuse de partir (il exige 10 personnes à 25 bolivianos ou 250 bolivianos). Nels part recruter du monde. Sans succès. Il y a bien ces six touristes qui déjeunent. deux nordiques, deux allemands et deux québécois. Tous doivent rejoindre Copacabana aujourd’hui. Nous sommes donc huit. Les deux  nordiques sont chauds pour partir et sont prêts à payer un peu plus. Les deux québécois, ce sont deux moules. Ils ne savent pas. Ils hésitent. « Oui… Non… Oh j’sais pas! Il fait comment dehors? ». Les deux derniers, deux abrutis. Ils veulent partir absolument, mais refusent de payer 20 bolivianos en plus. 2€!

De plus, ils se sont liés d’amitié avec les québécois et se demandent comment feront ces derniers s’ils ne viennent pas maintenant. On leur a bien dit: « Ils n’ont qu’à venir maintenant alors co$#£rd ». Un véritable dilemme du prisonnier. On s’énerve un peu. On a un bus à midi. NOUS! Nels les prend par le col et leur fout des claques décide de mettre un point final à la scène, digne d’une cour de récré de maternelle. Il les interroge une dernière fois – en réexpliquant pour la énième fois ce que le commandant avait fixé comme prix et conditions! C’est non? Ok, nous on y va! On mets les 250 bolivianos sur la table et on file à deux sous le regards médusés de ces quatre (les nordiques échappent à ce qualificatif déshonorant) blaireaux!

Si on était si pressés, c’est qu’un bus doit nous mener à La Paz pour fêter les 30 ans de Nels! Tout se passe comme sur des roulettes. En fin d’après-midi, nous arrivons à La Paz! Nickel.

Une petite vidéo pour terminer sur une belle note.

Et quelques photos de ce lieu M.A.G.I.Q.U.E.

Nels

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3 réflexions sur “Sa Majesté le lac Titicaca

  1. Tout simplement magique comme d'habitude, merci pour ce beau reportage, on se croitait là, à côté de vous sur le bord du lac Titicaca! Les photos sont splendides! Bonne route!
    Sophie, Ittre

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  2. « Certes »….ce fameux lac Titicaca, est tout simplement GRANDIOSE, et votre récit aussi, je suis sous le charme…(une fois de plus!)

    Merci pour toutes ces explications sur Copacabana et son lac!

    Bravo à Angie l'astucieuse pour sa variante 😉

    ps: je n'arrive pas à lire la video :(( « elle est bloquée dans notre pays pour des raisons de droits d'auteur » ???

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  3. Il est midi à l'heure où je vous lis et votre histoire de truite m'a carrément mis en appétit ! Rien de tel qu'un bon poisson tout frais pêché…

    Et que dire de ce bleu profond du ciel bolivien. Juste magnifique !

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