4000 Islands

Y aller? Un bus local (avec deux touristes japonais, insupportablement agaçants) au départ de la gare du sud de Paksé. 30.000 kips. Direction le village de Nakasang. C’était l’occasion de gouter un très bon fruit blanc. Une sorte de navet, à la texture betteravière, à la chair juteuse, mais dont on ignore encore le nom!

Siphandone, 4000 îles en laotien, est la région de l’extrême sud du Laos, à la frontière avec le Cambodge. Le Mékong s’y divise en une multitude de bras dans lesquels il y a…des îles! 4000? Pas sur! Au nord, Don (l’île) Khong. La plus grande de toutes. On y a pas été car elle est réputée moins paradisiaque. On souhaitait se “poser”. Il restait deux options: Don Det ou Don Khone. Deux petites îles reliées par un pont, vestige de l’ancienne ligne de chemin de fer construite par les français (pendant le protectorat français, et qui permettait de contourner le Mékong, non navigable à cet endroit). La première est, d’après les échos, plus “fête”. La seconde, plus authentique et aussi plus intéressante parce qu’il y a plus de choses à y faire.

Comment choisir? Jusqu’au dernier moment, on se posait la question. Arrivés à l’embarcadère de Nakasang, on a eu la merveilleuse idée (influencée par le prix moins élevé) de prendre une pirogue jusque Det et de marcher tout le long de Det, en direction du pont et de Khone. Jusqu’à trouver l’auberge de nos rêves avec bungalows sur pilotis, terrasse privée, hamacs et surtout une vue waouh sur le Mékong! L’idée semblait bonne…en théorie. Car la nuit tombait et les distances ne sont pas aussi petites que semblait l’indiquer la carte. C’est alors que, tel un cavalier noir surgit dans la nuit, surgit un tuk-tuk coloré dans la nuit étoilée de Det, avec à son bord une anglaise très sympa. Comme on ne refuse pas de l’eau lorsqu’on est dans le désert, nous n’avons pas refusé son lift jusque Khone. Tout comme, nous avons accepté sa suggestion de guesthouse, d’autant plus que c’était le chouchou du Routard: Somphamit Guesthouse. Vous voyez le truc venir, on n’a pas aimé: tentative de nous faire payer 100.000 kips (on a finalement payé 70.000) alors que tous les bungalows sont à 50.000, subtilisation de la télécommande de l’airco (alors que c’était dans le prix), pas de vue, même pas de vrais pilotis. Bref, la décision était vite prise: le lendemain, location d’une moto et tour des deux îles pour trouver THE logement.

Aussitôt pensé, aussitôt (après une bonne nuit tout de même) fait. Une moto (pour 80.000 kips malgré tout) et nous voilà partis à l’assaut de Khone et Det. L’occasion d’appréhender tous les recoins de ces magnifiques lieux. Après une matinée de recherches, on s’est installés…juste à côté de Somphamit!!! Dans un bungalow privé, sur pilotis, à 50.000 kips la nuit, avec une vue superbe et tenu par une petite famille laotienne très sympa (l’endroit n’a pas de nom…!). Nous étions enfin “posés” pour passer quelques jours de rêve et fêter le réveillon du 31.

Ce jour-là, nous avons profité de la moto pour découvrir de splendides coins perdus sur l’île de Khone. Les chutes de Li Phi, les deux plages de l’île, le village de Hang Khone duquel on aperçoit le Cambodge. C’est tout simplement extraordinaire. On conseille clairement Don Khone par rapport à Don Det. L’île a conservé, malgré les touristes, un charme local, avec de nombreuses familles qui vivent dans le village, ainsi que quelques paysans dans la campagne au cœur de l’île. Bref, c’est un petit paradis perdu (gageons qu’il reste loin des autoroutes du tourisme) et qui exerce un réel pouvoir du type: “Reeeeeste sur l’île pour profiter du soleil, des fruits, de la quiétude, de la chaleur, des bons petits plats et de ton haaamaaac… Oui reeeste avec nouuus”. On y a pas échappé. D’où les 5 jours sur place.

Les jours suivants étaient harmonieusement organisés de la façon suivante: un petit déjeuner, un peu de hamac, quelques fruits, une petite promenade, un peu de hamac, quelques fruits, un bon diner chez Khompasong, un peu de hamac pour regarder l’un des plus beaux ciels étoilés qu’on ait eu l’occasion de voir.
Pour revenir sur Khompasong, on recommande vivement ce petit resto familiale sans prétentions, gérer d’une main de maître par le petit Siding…13 ans. Un petit garçon qui cumule l’école (5 jours semaines) avec la gestion du restaurant, le tout avec le sourire. Sa maman et sa tante étant en cuisine. Pratiquant un anglais étonnant, fan de Liverpool, rêvant d’aller à l’université en Angleterre, il nous a beaucoup touchés. En plus, (et c’est négligeable) on y mange excellemment: BBQ chicken, rice soup with chicken, banana in sweet coconut milk, deep fried spring rolls, mirinda’s, des milkshake de rêve (dont un au café et un autre aux cacahuètes)… Le tout pour quelques kips et avec des portions bien bliiinders! Bon, c’est vrai que le temps d’attente peut être long, mais c’est comme à la maison: tout est fait à la minute et avec amour!

Restons à table. Le réveillon. Fêtez le nouvel an sans paillettes, petite cravate dorée, talons aiguilles… Ça ne s’annonçait pas si compliqué. La perspective de le faire sans vous (et sans Internet sauf à payer une fortune)…était plus difficile. Mais voilà, le feeling (tout comme pour repérer le petit Siding parmi la myriades de restos) nous a conduit dans une belle aventure. La journée du 31, guidés par l’envie de trouver un ticket de bus vers le Cambodge à bas prix (cette mission fut également une réussite), nous atterrissons dans l’auberge la plus éloignée du pont, Souksan Guesthouse, chez Papa! Mais qui est Papa? Nous le comprenons très vite. Son show pour nous expliquer le trip jusqu’au Cambodge (pour seulement 13$ alors que sur toute l’île les prix vont de 20 à 30$) était déjà magique. Un vrai personnage comme on les adore. Vivant, truculent, drôle, toujours accompagné de petite bouteille de Lao-Lao (alcool à base de riz local)… Il fait tout: gérant de guesthouse, guide, vendeur de tickets, cuistot et même guérisseur “médecin” local.

A la fin de son show, il nous dit: “Tonight Lao-Lao Christmas…”. Vu notre regard perplexe, il court nous montrer un magnifique porc qui s’apprête à être grillé au rôtissoire. Puis, enchaine tout en se marrant: “Christmas…New year…Lao-Lao…20.000 kips person…good…20 people…Christmas and pork”. A défaut d’autres plans, on lui rétorque: “Ok Papa…tonight…Lao-Lao…good…at 19h”. Nous avions notre réveillon de rêve!

Le réveillon. Après une journée de dur labeur de hamac/promenade, on s’en est allés chez Papa, fêtez le New Year. Un peu timides, on a rapidement été décoincés par Papa et tout ses potes déjà bien arrosés. Installés par terre, avec une dizaine d’autres occidentaux, des bières, de la musique locale, du Lao-Lao et une belle assiette de porc grillé et de légumes. La soirée pouvait débuter. Mais, achevés par le Lao-Lao, Papa et ses potes ont déclaré forfait sur les coups de 20h30. Ne restant que l’un d’entre eux, dansant et discutant avec tout le monde, qu’on a baptisé: “le résistant”. Puis, le hasard ou on ne sait quelle force cosmique permet d’incroyables rencontres. A la gauche de Nels, une allemande ayant vécu 2 ans en Angola et parlant un peu de portugais. Déjà assez fou. Puis, arrivée en dernier, vint s’installer, à côté d’Angie, Cristina. Portugaise, habitant près de Lisbonne, et parlant un français extraordinairement bon. C’est ainsi, à 3, plus « le résistant » et deux couples de français, que nous avons fini la soirée… Il est vrai, en décomptant les minutes dès 22h42. Oui, ça fatigue une journée de hamac. Alors vers 22h, on est crevés. Mais, on a tenu jusque minuit…trois. Ensuite, un ciel étoilé et quelques biscuits Oreo sur le chemin de notre auberge et nous étions en 2011. Bonne année!

Un peu malade, Nels a passé la matinée suivante allongé dans son hamac. Arrrgh, les maux de ventre et de crâne, c’est horrible, surtout dans un hamac! Le soir, pour se remettre d’aplomb, nous avons eu l’occasion de revoir Cristina et d’aller diner avec elle et Laure, une voyageuse parisienne qui-ne-mange-pas-de-riz-en-sachets-et-habite-sur-un-bateau! Tous chez Khompasong, pour un festin!

La fin du séjour s’annonçait, il fallait un peu s’activer. Allons chez Papa. Qu’aura-t-il à nous proposer? Quoi? Un “big waterfall…ten minutes to go…one hour come back…tourist there…we here…secret place…barbecue fish chicken…100.000 kips…start 15h”? Ok, bingo Papa.

Quelle magnifique excursion aux chutes de Pha Pheng ou “Niagara du Mékong”, les plus grandes chutes d’Asie du Sud-Est! Papa, nous emmène réellement dans un endroit secret où on est au cœur des chutes. Bon, il faut juste savoir que c’est pas un petit chemin balisé de la forêt de Soignes. C’est un parcours du combattant, surtout en tongs, entre végétation dense, grimpette dans les arbres pour voir les chutes, descente de cascades, traversée de cours d’eau, marche sur rochers trempés… Jean (l’un de nos co-voyageurs, avec Laure) a failli y rester après une chute sur un rocher. Papa devrait avertir, qu’outre le Lao-Lao, il faut de bonnes chaussures. A part ça, c’est tout simplement génial. A la fin du trip, on a même eu droit à une séance de guérissage orchestrée avec maestria par Papa sur le pied de Laure, qui s’était ouverte le pieds de 30 cm 0,01cm, à base de pénicilline et de Lao-Lao. Un coup pour Papa, un coup sur le pied pour désinfecter.

C’est la fin. La fin de ce paradis perdu, dans lequel on se serait bien perdu quelques jours de plus. Fini le hamac et les couchers de soleil sur un Mékong enchanteur. C’est également la fin du Laos. Et sans vouloir anticiper nos conclusions, on a vraiment aimé ce pays. C’est un pays (en tous cas le sud…) sauvage. La terre y est jaune. La nature splendide. On a accroché. On a été séduits par ces îles, ces fleuves, cette terre…

Passer des moments sur un hamac ou sur une pirogue (en revenant des chutes d’eau avec Papa), c’est aussi l’occasion de ressentir fort ce qui nous entoure. Avec certainement, un peu trop de mélo et peu d’objectivité. Mais qu’importe la rigueur quand le cœur y est.

Voici des bribes de nos sentiments:

Les laotiens. Vu leur condition de vie, leur lutte pour la subsistance est permanente. La loi de la débrouille. Animistes, ils acceptent leur sort. Mais pas de chacun pour soi. Ces élément les ont probablement forgés. Taillé un sourire sur le visage comme la mer dessine les rochers. Comme si face aux difficultés, nus, ils ne pouvaient que regarder le magnifique cadeau qu’est la nature qui les entoure et…sourire. C’est une issue. Comme l’alcool de riz, histoire d’oublier quand juste sourire ne suffit plus. Ce sourire n’est pas triste, n’inspire pas la pitié. Il est parfois malicieux, comment ne pas l’être quand la filouterie permet de toucher gros. Mais ce sourire il allume surtout les cœurs. Il est l’essence qui fait naviguer leur pirogue intérieur…et la nôtre. Quand on est nu, c’est qu’on a du mettre les artifices de côté, laisser les illusions aux magiciens, les costumes au vestiaire. Quand on est nu, on est vrai. Et ce sourire, c’est leur vérité. Celle de la simplicité. Alors, on sourit aussi. On travaille notre nudité. En se disant qu’il est bon d’être vrai face à eux, face à la nature…face à soi-même! C’est là qu’on se rend compte que leur sourire, leur gentillesse est tout simplement belle!

Les enfants. Leur beauté est en accord avec celle des ces paysages qu’ils se sont appropriés! Ce sont leurs terrains de jeu. Et on ne les verrait ailleurs. Ces pierres sont devenus leurs tapis de jeux, ces fleuves leurs toboggans, ces collines leurs balançoires, cette poussière qui couvrent leur peau est leur crème adoucissante. Livrés à la nature, ils sont ses enfants. Des enfants qui s’émerveillent juste de nous voir passer. Qui sourient juste de nous dire bonjour. Qui ne semblent jamais pleurer, crier, s’énerver. Sauvages comme cette nature qui est à eux. Leurs Sabaidee viennent du cœur. Et c’est le nôtre qu’ils transpercent avec leurs regards chargés d’étoiles…

Khop Tchaï!

Quelques dernières brèves sur les 4000 îles…
…pour Internet sur l’île, on recommande la guesthouse Shangri-La. Elle se situe sur Det, mais après le pont vers Khone. Vous verrez les pancartes “Wifi – 15.000/h”. C’est un petit havre de paix. Autre solution: il y a, parait-il, une guesthouse avec wifi non protégé sur Don Det. Mais on ne l’a pas su à temps.

…attention, pas de distributeurs d’argent sur Khone. Selon nos infos, il y en aurait 1 sur Det. A vérifier.

Il y a des photos au menu.

Angie & Nels

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2 commentaires sur “4000 Islands

  1. ça donne trop envie de visiter le Laos!!! Encore un petit coin de paradis à votre actif 😀
    J'ai hâte de voir vos photos d'Angkor!
    et encore mes meilleurs voeux à vous deux pour cette nouvelle année riche en découverte!!

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  2. Ca en fait des Kips tout ca :o)
    Hum ici, fini la neige, place à la drache et au ciel gris, alors humm vive le transat au soleil : vous êtes déjà tout bronzés ! Cela devait être une jolie dernière semaine 2010… Vite vos impressions du site monumental d Angkor !
    Bisousss

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