Cross the border: Hekou/Lao Cai

Vous êtes à Dali et vous vous demandez comment rejoindre le Vietnam. Facile. Voici un mode d’emploi parmi d’autres.

Avant tout, préparez-vous psychologiquement à affronter 24h de trajet et essayez de toujours rester positif et courtois (il est tout à fait possible de bousculer quelqu’un de façon très polie…).

A Dali, adressez-vous à votre auberge de jeunesse ou à l’une des nombreuses agences de la ville pour vous procurez un ticket de train de nuit en hard sleeper (en soft pour une si courte distance nous semble être un luxe dispensable) pour la capitale du Yunnan, Kunming. Choisissez de préférence le train qui quitte la belle Dali vers les 23h05. Il est plus rapide que celui de 21h et présente l’avantage de ne pas arriver à Kunming en pleine nuit.
Normalement, un jour plus tard vous serez en possession du précieux en échange de 87Y, plus la commission négociée avec l’intermédiaire (en général, dans cette région, 10 à 15Y par ticket).

Pourquoi pas le bus? Pourtant plus rapide entre Dali et Kunming? Le bus de nuit est assez mal famé (nombreux vols) et semble assez inconfortable. Quant au bus de jour, il arrive trop tard à Kunming pour repartir directement vers Hekou, ville frontalière avec le Vietnam. Donc, pour éviter une nuitée à Kunming, la ville du printemps, préférez le train de nuit.

Le soir du grand départ, enfilez votre plus belle tenue de combat,  par exemple: un costume en lin blanc de chez Polo Vilae – le Polo Sport chinois – , un survêt de chez Erke – le magasin de sport chic et bon genre – et une paire de mocassins en daim beige de chez Clio Coodle – le Lacoste chinois au crocodile qui ressemble à une loutre.

Après quelques courses indispensables (prévoyez de l’eau, des fruits, quelques biscuits et tout autre élément capable de vous bliiinders en cas d’urgence), chopez un bus n°8 dans le centre du vieux Dali en direction de la gare de train de…Dali (en réalité: du vieux Dali vers Xiaguan, qui se fait appeler Dali par facilité touristique). Attention, dernier départ vers 20h30 du terminus, à côté de la porte ouest.
Comme il sera surement rempli, surtout n’essayez pas de vous poser tranquillement avec votre gros sac ou vous risquez de réveiller le chauffeur (oui, les chauffeurs de bus ont cette fâcheuse tendance à faire les endormis, mais c’est juste pour éviter qu’on leur demande une indication) et sa mauvaise humeur. Donc, collez-vous à votre sac et, ensemble, ne formez qu’un avec votre demi-siège et la vitre.

Une demi-heure plus tard, vous voilà au terminus du bus n°8 à la gare de Dali Xiaguan. Laissez sortir les gens du bus (le chinois est toujours TRÈS pressé) et le cas échéant, les deux prostituées qui si dirigent vers le centre ville. Montez les marches de la gare, montrez votre ticket à la charmante hôtesse à l’entrée, passez le classique contrôle de sécurité (ils sont assez détendus dans cette gare) et prenez les escaliers à gauche pour aller attendre patiemment votre L9604 dans la waiting room prévue à cet effet (si vous avez la chance d’être en soft sleeper, une waiting room VIP vous est réservée. Bonne chance pour la trouver!). Il est tôt, il n’y a quasi personne, pourtant n’espérez pas: la waiting room sera blindée au moment d’embarquer. Donc, occupez-vous, répondez aux nombreux regards insistants posés sur vous par un sourire et un éventuel “pas évident hein” (car, en fait, ils sont souvent très étonnés par le gros sac et s’inquiètent pour votre dos), assistez à l’éventuelle scène de ménage qui se déroule sous vos yeux, applaudissez quand Chia-liang aura gagné la partie de Mah-Jong, allez remplir votre gourde d’eau chaude pour faire un petit thé…

Le train est là! Les chinois attendent depuis 25 minutes devant la porte, donc rien ne sert de se précipiter! Les lits sont de toute façon NUMÉROTÉS! Mêlez-vous à la foule, trouvez votre lit… Non, il n’y aura plus de place pour votre sac, donc, soit sur la couchette (si vous avez la chance de faire 1m52), soit en poussant sur les bagages déjà déposés. Assistez au rituel du couchage chinois, en famille, tous en chaussettes sur le même lit, un pot de thé dans une main et des pipasses dans l’autre… C’est mignon. Installez-vous dans votre sac de couchage douillet (c’est un petit luxe, mais qui peut avoir son importance lorsqu’en pleine nuit quelqu’un décidera d’ouvrir une fenêtre).

Ici, se pose une question cruciale: boules Quies or not to be? Si les ronflements de tout le wagon, les raclements de gorge, les grincements continus du train ne vous dérangent pas, alors not. Sinon, c’est que vous êtes quand même très sensible, donc mettez-en. Il existe une alternative, le casque et le lecteur MP3. Ayez alors une préférence pour de la musique classique, elle adoucit les mœurs.

Il est 4h58, les lumières s’allument, vous vous réveillez pour la fois, mais cette fois c’est la bonne! C’est presque fini. Vous avez une heure pour le rituel matinal, avec une belle mélodie romantique dans les oreilles. Il est moins agréable que celui du soir, principalement à cause du brossage de dents qui ajoute un pourcentage très élevé de raclements de gorge. Puis, la fumée de cigarette, si tôt c’est gênant (juste gênant hein…), mais passez outre et veillez à rester positif. Mettez-vous sur vos pattes et préparez votre besace…

Frayez-vous un chemin hors du train et hors de la gare. Suivez la pancarte “Bus Station”. Quelques escaliers et vous êtes à l’air pollué libre. Il fait noir, donc enlevez vos lunettes de soleil et continuez tout droit, prenez la rue à droite et ensuite la première à gauche. Il fait encore plus noir dans cette ruelle, donc remettez vos lunettes de soleil: ça impressionne. Marchez quelques mètres et attendez (avec la foule) le bus 60.

Le 60 est là. Mettez quelques Yuans (à votre discrétion, même si c’est indiqué 2Y) dans l’urne, saluez le chauffeur d’un Ni Hao bien éveillé. N’espérez pas vous assoir donc enlevez votre sac et posez-vous pour le mieux. Attention, le bus n’est pas éclairé. Ça peut sembler un détail, mais c’est déroutant!  Si un chinois se lève, c’est soit pour vous cédez sa place (pratique assez courante en Chine, dans le sud en tout cas), soit pour ouvrir la fenêtre et cracher dehors. Dans les deux cas, lancez un Xié-Xié (« chié-chié qui signifie « merci ») sonore et sympa et sautez sur l’occasion pour vous asseoir. Laissez-vous guider jusqu’au terminus, la East bus station.

1h de route plus tard, à travers de très belles longues avenues, vous arrivez à une magnifique base militaire soviétique gare flambant neuve au style épuré. Vous y êtes. Descendez. Prenez à droite en remontant la pente. Sur la bute, à votre droite, le bâtiment principal. Allez au ticket office et demandez un ticket pour Hekou… Comment? Dites: “Raékou… Vietnam Vietnam”! Affranchissez-vous de la somme de 141Y.

Il est 7h30. Le bus part à 9h40. Vous avez le temps, donc ressortez et allez voir chez Dico’s (le MacDo’ du poulet chinois. Pas mauvais). Il est tôt, mais un café pour accompagner son demi-poulet pané, ça ne se refuse pas!

9h40. Les bagages en soute, vous prenez place dans le car Yunnan Express. Un peu l’équivalent des autocars Jean-Yves (pour ceux qui ne connaissent pas: “Autocars Jean-Yves…tu sais quand tu pars…tu sais pas quand t’arrives”). Certains guides annoncent 6h de trajet, d’autres 10h. La vérité est entre les deux. Ce qui est sûr, c’est qu’il y a 1h de trajet qui est consacrée au pick up de voyageurs “clandestins”. Ne vous étonnez donc pas des arrêts successifs, et ce, dès les premières 5 minutes. Second conseil: évitez de regarder la route. D’une part, vous allez constater que le chauffeur porte d’horribles gants blancs brodés, d’autre part, vous aurez trop de certitudes quand à la dangerosité de sa conduite, notamment les dépassements sur ces routes étroites, parfois en terre et souvent en travaux.

Bref, concentrez-vous sur le bon petit film: ”ah tiens c’est Speed” (le film dans lequel le héros est un bus qui finit complètement destroy…). Bon, ben… Analysez l’accent chinois de Keanu Reeves alors. Cet hors d’œuvre est suivi par l’un des fleurons (on le suppose en tout cas, vu l’attention portée par les voyageurs locaux) du cinéma chinois. Le film dure 5h, mais, soyez rassurés, c’est sous-titré…en chinois.

A mi-parcours, arrêt crachats et autres besoins naturels. Attention aux toilettes pour les dames, elles peuvent choquer! Un pissoir ouvert où tout le monde fait ca** main dans la main. Après quelques minutes de raclements de gorge salvateurs et quelques cigarettes réparatrices, vous reprendrez la direction de Hekou. Faites preuve de discrétion face aux vomissements réguliers, à même le sol, de votre voisine (et accessoirement de toute sa famille), et focalisez-vous plutôt sur les beaux paysages qui s’offrent à vous après le passage de la ville de Honghe, le long du fleuve Rouge.

Juste avant d’arriver au bout de ce périple, le bus s’arrête pour un contrôle administratif. En tant qu’étranger, votre passeport sera confisqué par les trois policiers présents. Descendez du bus, comme la plupart des voyageurs, et profitez-en pour suivre le traitement accordé à votre dossier. Mais, surtout… Surtout! N’esquissez pas le moindre sourire lorsque l’un d’eux, votre passeport sous les yeux depuis 15 minutes, vous demandera très solennellement: “Where you from?”. Ce n’est pas non plus le moment de tenter un trait d’humour du style: “Fine! Thank you! And you?”.

Après 8 bonnes heures (ce chiffre peut varier en fonction du nombre de voyageurs à la sauvette) de route, il est 18h, vous arrivez à la gare des bus de Hekou, belle petite ville au bord du fleuve Rouge. Prenez vos bagages en essayant d’échapper à la horde de commerciaux venus vous accueillir.
Précision importante: si dans le bus, voyageait un jeune thaïlandais souhaitant également se rendre au Vietnam, trouvez tout de suite une bonne excuse (prétextez être d’une religion interdisant d’aider plus de 3 personnes par jour, par exemple) pour ne pas vous le coltiner tout le reste du voyage. Il risque de vous couler à un moment ou à un autre.

Reprenons. Vous êtes stressé car aucun guide n’a le même son de cloche concernant l’heure de fermeture de la frontière. 16h30 pour les uns, 23h pour d’autres ou encore 18h. Vous en avez pour tous les gouts. Sortez donc assez vite de la gare et prenez à droite vers le fleuve. Entrez dans le grand bâtiment de style soviétique sur votre droite (une centaine de mètres après la gare des bus). Soufflez un bon coup: la frontière est encore ouverte. Exécutez-vous aux ordres des officiels et passez la douane avec le sourire: “Xié-Xié…Xié-Xié pour tout!”

Voilà, au revoir la Chine.

Traversez le pont à pieds, l’idée de traverser le fleuve à la nage ne semblant pas être la meilleure, d’autant plus que le passage est gratuit. Vous entrez officiellement au Vietnam. Vous sentirez tout de suite la différence en entrant dans le grand bâtiment sur votre droite…de style soviétique! Pliez-vous aux formalités administratives de rigueur et sortez au plus vite, un quiproquo est si vite arrivé.

18h45 (heure chinoise). C’est le moment de retarder votre montre d’1h. Scrutez le paysage: c’est Lao Cai, ville frontalière, au charme limité. Il est donc plus que temps de rejoindre Sapa, village montagnard, bien plus charmant…! Si les quelques 30 messieurs installés à la sortie de la douane ne vous ont pas encore abordé (dans ce cas, posez-vous des questions sur votre degré de transpiration et sur l’efficacité de votre déo), interpellez-les et tentez de négocier un taxi autour de 300.000 Dongs/100 Yuans.

Jouez-la décontracté: “Trop expensive…no problem…I can walk! Good legs! What Sapa is about 40km from here with 1400m of dénivelé? Ahaha… You know: I come from Belgium, I’m a montagnouz!”…ça ne marche pas? Normal, ils sont vietnamiens, pas complètement demeurés. Faites donc mine de marcher vers la gare et balancez, très sûr de vous: “I’ll take the mini-bus…”. Mais, vu qu’il n’y en a plus (d’après les informations glanées) à cette heure-là, vous êtes pris au piège. Il ne vous reste plus d’autre choix que le taxi. Ils vous auront surement arnaqué de quelques 25.000 Dongs. Une fortune (1€).

Prenez place dans le joli taxi et c’est parti pour une belle ascension sur une route à lacets relativement pentue (de 200m d’altitude à Lao Cai à 1650m à Sapa). 1h après votre départ de Lao Cai, et près de 24h après avoir quitté Dali, vous êtes arrivé à bon port!

Ensuite? Débrouillez-vous pour trouver un hôtel, tout en évitant les rabatteurs ainsi que les très sympathiques H’mongs venues vous vendre leur home made craft (vous aurez sans aucun doute l’occasion d’en acheter dès le lendemain). Les hôtels budget semblent tous se valoir, mais n’hésitez pas à entrer, comparer les chambres et négocier les prix.

Quant à nous, on rend les armes. Le trajet fut un peu long, mais sans encombre. On a juste pas pu éviter le jeune thaï…

Nels

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7 réflexions sur “Cross the border: Hekou/Lao Cai

  1. Bin…je lis les mêmes commentaires sur le blog des « cars Jean-Yves » ! Avec lui…rien ne t'arrive ! Nels…tu es un as ! Bravo pour votre diplomatie sécurisante… Ouf…finalement…c'était pas chinois de quitter ce pays ! Bisous bridés

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  2. Pas évident…Toujours délicat…
    Tu aurais pu essayer de louer un bus toi-meyyyme…à condition de connaître quelqu'un disposant de son permis de la TEC…

    N'oublie pas de remettre mon bonjour à Vincent Pérez (Indochine, quel film…)!

    Bizzz les enfants!
    Malik

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  3. Quel périple! j'imagine bien l'effort que tu dois faire en permanence pour faire preuve de politesse. Donc Maintenant Vientnam, Laos, Cambodge et ensuite….Thailande avec nous yeaaaaah

    Ce qui nous a vraiment décidés c'est quand j'ai appris que c'est en Thaïlande que Vandamme en 89 tourna cette scène mythique:

    j'ai acheté le même pantalon à pinces (manque plus que les chaussures classiques et le marcel)

    j'espère qu'on aura l'occasion e faire un petit tour ensemble dans un bar thaïlandais enchainer qqs verres que je puisse sortir le déhanché de rêve…;-)

    bizzz à vous deux!

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  4. J'ai répondu au mail 😀
    J'espère que vous profitez bien de sapa. Si vous êtes nostalgique de la bouffe occidentale, allez faire un tour au restaurant le Geko tenu par un français. ils font une tartiflette sublime! Sinon il y a full pizzeria aussi :p

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  5. Bah j etais relax assis dans le tram et apres seulement quelques lignes je me suis retrouve en plein milieu de ton periple… J ai meme failli gueuler un « pas evident » et balancer un crachat a travers la vitre du 51… Ce petit voyage m a semble bien violant.. Mais etrangement j aurais bien voulu y etre… Biz a vous.. mich

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